POEMA blog

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les entre(deux)tiens de POEMA

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mercredi 2 avril 2014

Entre(deux)tiens avec Sébastien Lespinasse

Lisez-vous ? Que lisez-vous ? Quels auteurs ont marqué et marquent votre travail ?

Merci d’abord de me donner un espace où pouvoir essayer de nommer un peu ce qui me traverse... Je lis énormément. C’est un besoin vital. Lire me donne de l’oxygène, multiplie mes perceptions et mes sensations. C’est aussi un énorme plaisir, une manière de faire de profonds «voyages immobiles». Souvent mes lectures sont orientées en fonction de «problèmes» qui me touchent en profondeur. Depuis quelques mois, je lis beaucoup de livres qui abordent le rapport de l’homme à l’animal. Il me semble qu’il y a là un lien fondamental qu’i faut comprendre. Prendre la véritable mesure de cette question pourrait nous entraîner à redéfinir ce que c’est que d’être un homme, que de vivre en société, que d’avoir/être un corps... «L’animal que donc je suis» de Derrida, «Le versan animal» de Jean Christophe Bailly, les théories de Jacob Von Uexküll exposées dans «Mondes animaux et monde animaux» me touchent profondément. Il est très difficile de nommer ici tous les auteurs qui ont marqué ma démarche artistique, d’autant plus que je me nourris beaucoup de musique et des arts «expérimentaux» en général. Pour citer quelques noms, pardonnez le caractère hétéroclite & désordonné, ''Tristan Tzara (Les Sept Manifestes Dada en particulier), John Cage (Silence), Francis Ponge (perception essentielle de la poésie comme «ce qui rend concret le langage»), Ghérasim Luca, Gertrude Stein, Christophe Tarkos, Serge Pey, Héraclite, Spinoza (oui, cet amour de la philosophie...!), E.E Cummings, Allan Kaprow''... Mais il faudrait aussi citer des grands performeurs comme Barolomé Ferrando, Boris Niesloni, Li Ping Ting qui ont ouvert des grands espaces en moi.. Choisir, c’est nécessairement être injuste... Pardon aux innombrables que j’oublie...

Que pensez-vous des travaux actuels de poésies ?

Il y a toutes sortes de rapports au monde, au langage, au sens et au non-sens. C’est très bien. Que tout cela prolifère !

Que pensez-vous de l’état actuel du champ de la poésie (revuiste, éditorial, diffusion...) ?

J’ai du mal à me prononcer sur le terrain de l’édition que je commence à découvrir réellement. Il y a des personnes magnifiques sans lesquelles la poésie ne pourrait pas vivre. On n’écrit jamais seul. On écrit dans un ensemble. La poésie n’a pas beaucoup de place dans la société. Pourtant elle peut produire des grands chocs, des révélations pour certains d’entre nous. Il faut continuer le combat, inventer de nouveaux partages du sensible. J’ai beaucoup d’admiration pour tous ceux qui se dévouent à cette activité si peu lucrative d’essayer de faire surgir, enfin...!, un peu de réel dans le corps social.

Quels sont les thèmes principaux qui vous semblent traverser votre œuvre ?

Plus que des «thèmes», ce qui m’importe, c’est de faire du langage une expérience, un champ d’intensités, c’est de mettre en place une sorte «d’intimité extérieure commune», c’est d’ouvrir des brèches dans le tissu des représentations toutes faites pour j’ouïr. Explorer comment les mots nous traversent, nous remplissent, nous vident, nous font vivre et mourir.

Vous êtes considéré comme un poète sonore. Comment définiriez-vous un poète sonore ?

C’est une étiquette commode, historiquement construite (voir les débats Heidsieck, Chopin...) mais un peu ambiguë... Je préfère me qualifier de «poète pneumatique» parce que «pneuma» veut dire à la fois «souffle» et «esprit» en grec et c’est un adjectif rigolo, qui produit une petite tension efficace avec le grand mot de «poésie» (poieisis = fabriquer, construire). Tenter de façonner son souffle en même temps que son esprit, ça me paraît être un bon programme, une définition à laquelle je peux souscrire. Devenir sujet de sa langue.

Comment entrevoyez-vous la publication papier de ces textes ? Vous venez de publier un récit (Fougax et Barrineuf vont en bateau, aux éditions Gros Textes). Quels sont les liens, les relations entre ces modes d’écritures différents ?

Question délicate pour moi. La scène est une forme d’écriture complète, qui ne manque de rien et qui est sans doute mon moyen d’expression privilégié. Je peux y expérimenter des modes de liaisons fondamentales entre l’âme et le corps... Mais je ne veux absolument rien me refuser. Laisser le désir me prendre, force qui va, qui me porte, m’emporte.

L’écriture de Fougax et Barrineuf a été une aventure avec le langage, avec ma propre vie. Ce n’est pas si loin que cela de mes poèmes les plus expérimentaux. La page est aussi une sorte de scène. Il ne faut pas se fier aux apparences. C’est un travail très important pour moi, il m’a permis parfois de ressentir plus profondément le passage de ma propre vie. Et j’ai beaucoup aimé partager cette aventure avec Yves Artufel qui dirige avec humanité et passion les éditions Gros Textes. Et comme le dit si justement Robert Filliou : «L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art». Pas de définition plus belle pour moi.

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photographie : Emilie Salquèbre
Un entretien réalisé par Chloé Le Bris dans le cadre de POEMA, festival.

Entre(deux)tiens avec Charles Pennequin

Lisez-vous ? Que lisez-vous ? Quels auteurs ont marqué et marquent votre travail ?
''Je lis des livres de vulgarisation scientifique sur les trous noirs, la physique quantique, je discute avec des scientifiques du CNES au sujet de l’exo-biologie, je lis également Charles Péguy, car je viens d’écrire des textes sur lui, dont le début paraîtra bientôt dans la revue Europe pour le centenaire de sa mort. Je lis également Bukowski, Lévi-Strauss, Thomas Bernhard, Lacan (ce sont mes lectures du moment). Les auteurs qui ont marqué mon travail à différends moments de mon existence, sont Christian Prigent, Samuel Beckett, Charles Péguy, Christophe Tarkos, Gil J Wolman, Nijinski, Maurice Roche, Thomas Bernhard, Gustave Flaubert, Nietzsche.'' 

Que pensez-vous des travaux actuels de poésies ?
''Je pense qu’il y a beaucoup de jeunes qui écrivent, font des revues, s’agitent dans tous les sens, en bien, en mal, en je ne sais pas, en tout cas quelques-uns font des choses et se passent bien des éditeurs, de la grosse masse tremblante des éditeurs qui a décidé de renoncer définitivement à la nouveauté.''

 Que pensez-vous de l’état actuel du champ de la poésie (revuiste, éditorial, diffusion...) ?
''Il va bien et il va toujours mal, c’est toujours la crise de la poésie, la crise du vers, la crise de la crise de la forme, des chapelles, des groupuscules, des moi-je. Tout va bien.''

 Quels sont les thèmes principaux qui vous semblent traverser votre œuvre ?
''La vie, la mort, l’existence en somme, la révolte, l’amour, le soi, les souvenirs de l’enfance.''

Votre travail est-il scénique ou fait pour le livre ?
''A votre avis ? Vous allez le voir. Et l’entendre. Et cependant il existe aussi bien en livre, en livre performance, comme dans Comprendre la vie, ou en livre Pamplet où il y a une réflexion qui parcourt le livre, en tout cas le livre est très lisible, il faut juste se dire qu’on n’a jamais rien lu et qu’on reste ouvert, qu’on est pleinement ouvert à l’autre et sa voix.'' 

 Pourquoi faites-vous des lectures / des lectures performées ?
''Pourquoi j’écris ? Bonne question. Pour moi la lecture est une écriture, je ne lis pas, j’écris un livre en direct, je livre une poésie action, je gesticule dans les mots, je fais sortir le poème par la bouche, je fais écouter des improvisations, je montre des films où je performe, tout comme dans mes livres mais là en chair et en os.''

  Qu’est-ce que l’Armée Noire ?
''C’est une aventure, une possibilité, une aire de penser et d’agir où il n’y a pas de public, où on ne passe pas chacun son tour pour livrer sa petite œuvre, où tout est bon au poème, les enfants de l’armée noire écrivent sur les murs, les carnavaleux font du tambour, les voitures ramassent nos poèmes et les conducteurs avalent nos saucisses, les parents des enfants font de la sérigraphie, les gens dans les bars rigolent, l’art est partout, l’art mais noir, la vie.''

Pennequin_POEMA

photographie : Emilie Salquèbre
Un entretien réalisé par Chloé Le Bris dans le cadre de POEMA, festival.